Les concerts a emporter sur clé USB

A l’heure des grands chamboulements qui secouent l’industrie du disque, et de sa crise profonde, les artistes se sont rendus à l’évidence : leur survie passe par les performances live. Bien que les prix des places soient parfois dissuasifs, il s’agit d’un secteur qui lui se porte merveille. Le show fini, sur les stands de merchandising, un nouveau venu se fait particulièrement remarquer entre les t-shirts et les stickers : la clé USB sur laquelle vous retrouvez le concert auquel vous venez tout juste d’assister.

Prouesse technologique

Ce qui frappe avec cette nouvelle technologie, c’est tout d’abord sa rapidité. L’idée de repartir de la salle avec le concert que vous venez de voir sur une clé USB a de quoi impressionner. Gerrit Schumann, le PDG et fondateur de Music Networx, l’une des boîtes qui s’est spécialisée dans ce business prometteur, nous a expliqué le fonctionnement. Pendant le concert, chaque instrument, ainsi que les voix, sont enregistrés sur des pistes séparées ; à partir du dernier morceau et jusqu’au rappel, les pistes sont mixées, masterisées, et les clés USB sont alors dupliquées.

A peine la dernière note poussée, les spectateurs peuvent donc acheter ce merchandising souvenir d’un nouveau genre. Gerritt considère que 10 000 clés peuvent être produites en 30 minutes, en faisant une solution tout à fait viable quelle que soit l’importance de la salle et de la demande. Passé l’ébahissement devant l’indéniable prouesse technologique, a-t-on affaire à une vraie révolution ou à un gadget parmi d’autres ?

La mort programmée des bootlegs

Ce qui est probable, c’est que cette nouvelle technologie signe l’arrêt de mort des bootlegs et autres enregistrements pirates. D’une qualité bien supérieure, puisqu’elle est censée être équivalente à celle d’un CD, ce concept de clé USB surfe en plus sur l’idée de pouvoir ré-écouter un concert auquel vous avez effectivement assisté, avec ce qui rend unique chaque performance, même la plus rôdée. Il y a là de quoi rendre has-been toutes les collections de vieux billets. Qu’il s’agisse de jouer sur l’émotion post-concert, comme le souligne Gerrit Schumann, ou d’élaborer des deals avec les distributeurs de billets (une place de concert + un bon pour une clé USB à la fin), l’idée a de quoi séduire le spectateur.

Mais pourquoi donc une clé USB plutôt qu’un bon vieux CD ? Gerrit est clair : la clé USB est “plus sexy”. Entendez par là qu’on peut facilement la customiser (dans cette veine-là, celle des Beatles est vraiment réussie), y ajouter du contenu multimédia antérieurement à l’enregistrement du live (photos, vidéos et autres goodies), l’utiliser sur tous les supports, et pourquoi pas, l’effacer pour la réutiliser à d’autres fins. Et vu que tous ces concerts sont des enregistrements libres de droit, le système de la clé s’avère particulièrement simple pour passer d’un support à un autre, et échanger gaiement “son” live.

Une machine commerciale bien huilée

Cette technologie n’est pas nouvelle ; depuis quelques années, plusieurs groupes y ont fait appel, aux Etats-Unis surtout, et plus particulièrement parmi les groupes de métal ou de hard-rock, Metallica faisant office de chef de file. En France, le premier évènement officiel à y avoir recours était le concert de Raphaël à Bercy l’année dernière, où 1000 clés USB “bracelets” avaient été mises en vente (on en avait déja parlé ici). C’était aussi le gros dispositif commercial au cœur des dates parisiennes des Pixies, les 15 et 16 octobre dernier.

Sur l’écran de scène du Zénith, un message était affiché et déroulait pendant plus d’une demie-heure : “Achète ton souvenir unique du show dès maintenant. Titres supplémentaires. Commandez le votre ici, maintenant.” Comme un message de propagande. Le discours était relayé par des flyers posés sur chacun des sièges de la salle et par des affiches. L’opération est rondement menée et vantée par un marketing ultra-agressif, puisque même Kim Deal sur scène fera une référence implicite à la capacité de réécouter le concert en ligne, mêlant le souvenir de Doolittle le disque (le vrai) à celui que les spectateurs pourront remmener chez eux. L’idée du titre bonus surprend également : on vous donne droit à votre concert et en plus à un concert modifié puisqu’agrémenté d’un titre bonus qu’on n’aura pas entendu mais qui, par la magie du business, réintègre le set. A Paris, par exemple, on a rajouté pour certains un petit “Where Is My Mind?“, histoire de combler un manque.

Le nec plus ultra du marchandising

L’idée de garder un souvenir concret d’un concert que l’on a apprécié est tentante, et a de quoi séduire à peu près n’importe qui, les fanas du merchandising en tout genre comme ceux qui sont plus récalcitrants à débourser plus que leur place de concert, déjà payée au prix fort. Les prix restent en effet corrects (15 euros au concert des Pixies), ce qui n’empêche pas l’opération d’être très rentable pour les groupes. D’après les organisateurs du concert au Zénith, le dispositif a bien marché, et des sources officieuses parlent d’un spectateur sur 3 qui serait reparti avec son bracelet. Plus modeste, le PDG de Music Networx évoque une moyenne de 5 à 10% de spectateurs qui se laissent tenter (sur les environ 10 000 personnes qui sont allées voir les Pixies les 2 soirs au Zénith, c’est tout de même pas mal).

Certes, le côté agressif de la promotion de ce nouveau gadget peut paraître un peu trop poussé ; après tout, on va voir un concert pour l’immédiateté des sensations, l’unicité de l’expérience, et les souvenirs que l’on emmagasine à ces moments-là n’ont pas besoin de support spécifique. Mais si les prix restent décents, on tient tout de même là ce qui se fait de plus innovant et d’efficace en terme de merchandising. S’il est peu probable que cela suffise à sauver toute une industrie en péril, les concerts à emporter sur clés USB pourraient s’avérer une belle manne financière, sur laquelle personne, ni les artistes ni les organisateurs, peuvent se permettre de faire l’impasse.

Source : http://www.fluctuat.net/

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