Le nouveau fléau des examens

Près d'un candidat sur mille est pris chaque année la main dans le sac pour triche au baccalauréat, dont la moitié avec un téléphone mobile.
Près d’un candidat sur mille est pris chaque année la main dans le sac pour triche au baccalauréat, dont la moitié avec un téléphone mobile.
A l’approche du bac, l’éducation nationale redouble de vigilence sur un phénomène qui concerne un nombre croissant d’élèves. Dans la circulaire aux recteurs pour la baccalauréat, l’attention est attirée sur ce nouveau type de triche.

L’Éducation nationale tire la sonnette d’alarme. Face au développement de la fraude aux examens via les téléphones portables, à quelques jours du bac, le ministère a mis en garde spécifiquement les surveillants et examinateurs contre ce nouveau fléau. Et écrit une circulaire pour édicter règles et sanctions. Proviseurs et enseignants le déplorent quotidiennement: la généralisation du portable a changé la donne. Finies les bonnes vieilles antisèches: collégiens, lycéens et étudiants se mettent à l’heure du numérique. Y compris pour tricher. «C’est un fléau qui touche tous les profils d’élèves!, lance Monique Khayat, proviseur du lycée La Fontaine à Paris, qu note une explosion de ce type de tricherie. Ce qui était il y a encore deux ans l’apanage de lycéens s’étend désormais aux collégiens, qui possèdent déjà des smartphones.» L’enseignement supérieur n’est pas épargné, avec des cas récents lors d’une épreuve de l’internat de médecine ou de BTS.

Des règles durcies

Les smartphones permettent désormais de stocker un nombre impressionnant de données, de surfer sur Internet pour trouver une traduction, un concept philosophique ou une carte de géographie. Mais aussi de photographier le sujet pour l’envoyer à l’extérieur. D’un simple effleurement du doigt, l’antisèche défile bien plus facilement que les bouts de papier d’antan qu’il fallait extirper de la trousse! «Le plus inquiétant est l’émergence de corrigés en ligne sur Internet à peine deux heures après le début de l’épreuve, souligne Éric Barbazo, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public. N’importe quel candidat qui va aux toilettes avec son smartphone dans la poche peut les consulter…» Des montres téléphones sont même désormais accessibles dans le commerce!

Depuis 2009, les règles ont été durcies, un candidat sur mille est pris chaque année la main dans le sac pour triche au bac, dont la moitié avec un téléphone mobile. La règle est claire: le portable est formellement interdit à l’examen. «Un candidat surpris avec un portable écope sur le champ d’une suspicion de fraude, rappelle Vincent Goudet, président du Service interacadémique des examens et concours à Arcueil. Ce qui signifie qu’il passera en commission et risque de l’annulation de l’épreuve à l’interdiction à vie de passer tout diplôme de l’enseignement supérieur…» Ce qui peut faire réfléchir. D’autant que cette commission se tient à l’automne. En attendant, le fraudeur présumé ne peut pas s’inscrire dans l’enseignement supérieur. «Lors des bacs blancs, j’ai demandé aux surveillants de rappeler les règles en ce qui concerne les portables à l’examen et les risques encourus, comme cela sera fait lors de l’examen de juin», souligne explique Bernard Rosier, proviseur du lycée Robert-Doisneau à Vaulx-en-Velin.

Pour lutter contre le phénomène, certains établissements, en particulier des grandes écoles, adoptent le brouillage du lieu comme dans certaines salles de spectacles. Mais ils n’aiment guère communiquer sur le sujet, car ces techniques sont interdites pour ne pas gêner d’éventuelles communications d’urgence .

Tout au long de l’année

Mais ce n’est pas tant aux examens que tout au long de l’année que se développe ce nouveau mode de fraude de la sixième à la terminale. «En réalité, la triche est beaucoup plus courante pendant l’année, d’autant qu’il n’y a qu’un surveillant pendant les devoirs sur table, contre deux au bac», explique Bernard Rosier. Du coup, les élèves ne se privent pas. Les sanctions varient. «Nous sanctionnons par des rappels à l’ordre, voire des exclusions, explique Monique Khayat. Mais nous ne confisquons pas le portable, en raison des risques juridiques si jamais l’enseignant se le fait voler…» Un comble. D’autant que les intéressés se glorifient de ce qu’ils jugent des prouesses technologiques. Valentin, en terminale ES en région parisienne: « Lors d’un contrôle d’anglais, j’ai regardé des traductions sur une application très rapide!», se félicite-t-il. Il jure néanmoins qu’il ne le tentera pas au bac!

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