[Dossier] : L’avenir du stockage : du numérique à l’organique

De nos jours, la consommation de musiques, photos, vidéos, documents en tout genre croit de manière exponentielle. En Juin 2006, 65 000 nouvelles vidéos étaient mise en ligne chaque jour sur Youtube. Aujourd’hui, l’équivalent de 24h de vidéos est uploadé chaque minute sur la plateforme. Stocker est donc vite devenu un besoin primordial dans un monde où la surconsommation de données fait rage. Mais malheureusement tous les supports de stockage existants (même le papier) ne sont pas éternels et même si la mémoire Flash reste la méthode la plus fiable et la plus utilisée (clé USB, carte mémoire, data center, Iphone, Ipad, etc …), son espérance de vie est elle aussi limitée.

A l’heure actuelle, tous les fabricants gaspillent (exusez du terme …) une trop grande partie de leur budget en R&D pour accroitre les capacités de stockage. Mais combien de personnes ont vraiment besoin d’une clé USB de 1Tb à 800 Eur aujourd’hui ? Très peu … Par contre, combien sont prêtes à investir dans un support sur lequel leur données seront hébergées à vie ? Beaucoup plus … L’enjeu principal de demain repose donc uniquement sur sur cet aspect : l’espérance de vie de nos supports de stockage.

Plusieurs questions se posent : depuis le succès de la mémoire flash(environ 10 ans), nous n’avons pas beaucoup (voir très peu …) avancé en terme d’innovation. Pourquoi ? Peut-etre parce que les cellules qui composent la mémoire Flash (eh oui, la mémoire se structure en couche de cellules …) ont, comme toutes les cellules qui composent l’univers, une date de péremption et sont donc vouer à mourir un jour ou l’autre.

Retournons quelques années en arrière et faisons appel, le temps d’une phrase, à nos notions du collège car peut-etre que la clé que notre problème réside dans nos vieux classeur de de physique-chimie de 4eme. On sait tous que notre corps est constamment en activité : chaque jour des milliers voir des millions de cellules meurent pendant que d’autres naissent, tout ça sans que ca n’est une quelconque incidence sur nous, on continue à respirer, voir, réfléchir normalement … On apprend donc de nous-meme que la mort des cellules n’est pas un problème : tant qu’elles proliferent, notre code génétique est preservé et la vie continue. Grace à cette notion simple, deux axes de recherche se dessinent :

  • Faire évoluer le contenant : rendre les cellules de la mémoire flash autonomes pour qu’elles sachent proliférer toute seule.
  • Changer de contenant : apprendre à stocker nos données sur une autre espèce de cellules naturellement autonomes.

C’est sur le deuxième axe que s’est aventuré un groupe d’étudiant de l’Université chinoise de Hong-Kong : stocker d’énormes quantités de données dans une bactérie : la Escherichia Coli ou “colibacille”.

Concrètement ? “Nous serons capables de conserver toutes nos données dans une boîte contenant des bactéries, au réfrigérateur”, a expliqué à l’AFP Aldrin Yim, un étudiant-chercheur qui participe  au projet de stockage bio.

Une expérience précédente, menée en 2007, était parvenue à des résultats étonnants. Une équipe de l’université japonaise Keio a réussi à encoder la totalité de l’équation de la théorie de la relativité (E=MC2) d’Einstein dans l’ADN d’une bactérie commune du sol. Comme les bactéries ne cessent de se reproduire, les informations stockées peuvent alors être conservées durant des milliers d’années.

L’équipe de Hong Kong a voulu aller plus loin. Elle souhaite stocker encore plus de données (texte, mais aussi images, vidéo et musique). Les jeunes chercheurs ont donc developpé deux nouvelles méthodes : une pour compresser les données à l’intérieur de la bactérie et une autre pour savoir se repérer dans la cellule en cartographiant l’ADN. Résultat, un seul gramme de bactérie pourrait ainsi stocker l’équivalent d’informations contenues dans 450 disques durs de 2.000 gigabytes (environ 9 millions de Gb ) !!! Le professeur Chan Ting Fung, qui supervise les recherches, précise que les travaux pratiques sont à leurs débuts dans ce domaine. “Mais ce que les étudiants ont essayé de faire est de s’assurer que certains des principes fondamentaux dans ce champ de recherche sont en fait réalisables”, ajoute-t-il.

En résumé, la colibacille répond à notre problématique de départ et fais même plus que ça :

  • elle permet d’augmenter la durée de vie de nos supports : des milliers d’année contre environ une dizaine pour la mémoire flash.
  • elle accroit considérablement la capacité de stockage : 1 gramme de bactérie = 9 millions de Gb !
  • elle augmente la sécurité de nos données : la bactérie est impossible à pirater. (… à voir)
  • elle est non polluantes (en phase avec les problématiques écologiques) car c’est un corps organique.

Par contre, cette nouvelle technologie présente certains inconvenients qui la rendent encore inutilisable :

  • ces cellules doivent être conservées à des températures très précises : la portabilité des données est et restera un besoin essentiel.
  • elles sont naturellement nocives pour l’homme … plus souvent connue pour causer des intoxication alimentaire
  • Escherichia Coli c’est joli, mais à part pour marquer des points au Scrabble, c’est pas pratique à prononcer … Je verrai plus quelque chose comme E-Coli (moyen : on dirait un nouveau service de LaPoste ) ou plutot Icoli, ça sonne plus Geek quand même…

L’ADN, découverte hier, nous a tout d’abord permis de nous identifier. Aujourd’hui, ses usages se multiplient devenant, entre autre, un outil de marketing et demain il est fort probable que nos Data Center soient remplacés par des BioBanks, sorte de laboratoire de gestion et de stockage des données où l’organique sera devenu le support d’information par excellence. Nous venons de voir que la matière sous certaine forme, est capable de stocker des informations autres que celles nécessaire à son existence, posons nous la question suivante : est-ce que certains éléments de la matière, naturellement présents sur notre planète ou dans notre univers, stockent déjà des données autres que celles nécessaires à leurs existences, et si oui lesquelles ? Autrement dit est-ce que la matière est pourvu d’une mémoire et dans ce cas, quelles histoires aurait-elle à nous raconter ?

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